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  <title>Estragon, Polly, K, etc.</title>
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  <updated>2005-05-20T01:00:00+02:00</updated>
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        <name>Chic CHEER</name>
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      <title>Syndrôme de l’état vivant – méningite aiguë</title>
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      <published>2005-05-20T01:00:00+02:00</published>
                      <summary>  Individu 00.  Sorti tout droit d’une maîtrise de philo, tu as dû abandonner...</summary>
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          &lt;strong&gt;Individu 00. &lt;/strong&gt;Sorti tout droit d’une maîtrise de philo, tu as dû abandonner ce territoire où tu ne pouvais plus avancer – ton cerveau n’est pas doté de capacités analytiques assez puissantes pour en extraire sa propre substance, il est juste doué pour exécuter copiés-collés de citations – chaque texte sera paragraphe ponctionné directement sur moëlle osseuse de Nietzsche, Derrida, Heidegger. Frustré d’avoir abandonné les territoires ô combien enviés du Savoir et de la Connaissance, tu t’es retrouvé camionneur-éboueur dans une usine pestilentielle à bas salaire. Te voici secrétaire de rédaction – pubiste et pubellier – instituteur – financier chez Axia Security – pire : journaliste ou auteur méconnu dans l’oubli. Dans ta vie privée tu craches ta frustration – méprise tes collègues – ton dédain besogneux engloutit la bave inique des blancs crapauds qui salissent le plumage étoudi de ta robe colombe, toi ô le Philosophe Incompris à la Pensée Inouïe Niveau Maîtrise Mention Avortée pour Cause d’Incapacité à la Profondeur. Tu as dû quitter ta fac tellement tu n’arrivais pas à dépasser le seuil de l’ingurgitation, tu étais simple chapon gavé au cul de citations, mais jamais tu ne pondais un seul souffle de vie, jamais tu n’expulsais de ton cul quelques rebonds idéels à consonnance ludique et singulière. Tu as dû quitter la fac, simple analyste de comptoir – maîtrise de tes petits bouquins mais inaptitude à la thèse-ébaûche de réflexions créatives. Tu as dû quitter la fac, tu ne digèreras jamais l’affront de cette vie terne et grise que tu aurais voulu gominée façon ministère de la culture sous Prozac, brillantine lexicale et pavanades linguistiques : tu es laid depuis que le cynisme a déformé tes lèvres en rictus chatoyant, tu es pubellier, pubertaire frustré, tu soupçonnes dans les grands textes quelques formes de vie bien plus riches qui t’excitent le cervelet de l’envie, l’envie de brillance, tu te sens désespérément vide mais ton orgueil valdinguera ce doute, alors tu feras de ces grands textes un pardessus de guirlandes te protégeant de ta propre vacuité, tu feras de ces grands auteurs la cataracte idéale qui te détournera de ton ineptie – tu auras même parfois l’impression d’être ces auteurs que tu cites, tu auras même parfois l’impression d’éclairer d’un jour nouveau leur pensée et d’apporter quelque pierre à l’édifice, un jour tu te diras même, d’une petite voix tapie en monticule défait dans la dorure de tes angles crâniens : « nous sommes du même monde, je suis incompris » – pourtant toute ta vie tu n’auras été qu’un commentaire graveleusement masqué d’urticaire verbeux, un glossaire des noms communs, le répertoire des sons cloches qui sonnent comme une cruche. Dans les tours crassées de ton building fermenté, tu regrettes que le monde ne te comprenne pas, toi et ta bouche-archivage de citations, on ne te comprend pas : tu en déduis ta grandeur, tu te sens en prison. Alors tu es allé sur le Net. Tu t’es trouvé des amis – comme toi. Tous, vous parlez par citations, vous postillonnez un Savoir énucléé brandi comme option révolutionnaire à l’oral de vos bacs à lauréats de sable. Sots perdus dans le désert d’un bac à sable régénérant où vous cherchez des pelles, vous n’êtes plus vous-mêmes, vous êtes juste d’autres et le théâtre de leurs ombres – pourtant vous vous sentez revivre, d’en voir d’autres aussi pourrir, et le parfum terne, le parfum angoissant de la vie ratée aux fantasmes de grandeur inassouvie disparaît. Vous agrémentez ces Pensées-d’Autres de phrases courtes un peu mystérieuses laissant souffler le parfum d’une Érudition-Peut-Être.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu es Lazare Chanteau et son illusoire savoir tissé des morceaux décousus de ses débaûches en lectures : glaner puis coller bout à bout quelques texticules, qui ne sont pour toi que support-surface-plateau offert pour quelques promesses de reconnaissance, tu es Lazare perdu dans son Schopenhauer, qu’il lit comme on sèche ventricule, tu nous assommes de tes commentaires au sujet de découvertes depuis longtemps découvertes ; tu parles langue morte et citations rapiat, tu fais parfois des bourdes, sur des grands philosophes – dont tu as lu quelques passages mais surtout, beaucoup de synthèses synthétiques éthiques analytiques à leur sujet-ça-va-plus-vite. Tes analyses sont tirées des analyses des autres. Ainsi que les manuels de terminale, ton savoir est immense copié-collé d’extraits mis bout à bout. Tu es un extrait – nous t’appellons l’Extrait – pourtant tu n’arrives pas à t’extraire de toi-même, ton crâne est une pioche maladive, tu es incapable de penser – sauf sur la pensée des autres. Tu te plains d’être incompris, pourtant tu comprends à moitié les auteurs que tu cites. Pourtant, tu n’hésiteras pas à dire : « Untel est consternant ! Sa philosophie n’est rien, comparée à… ! » Tu y crois fort. C’est amusant le web, on se sent tout d’un coup grand. Tu atteins le niveau CP en quelques mois, au gré de tes agitations maternelles. Tu attendras patiemment commentaires suscités par tes textes qui n’en sont pas (simples répertoires de tes lectures, paragraphes entiers recopiés là, ornés de quatre lignes hâtives et nébuleuses, sombres et maladives ornementations de ton répertoire pantomimique), te permettant d’y répondre en étalant parcimonieusement tes connaissances. Espace commentaires : praticité sans égale, qui permet de laisser planer mystère sur tes connaissances, les laissant seulement à l’état d’évocation – l’évocation par phrases courtes, chiadées, peu expansives, un brin d’humour élitiste – seule ta caste comprendra – latineries potaches et ho ho ravis – jamais surtout tu ne déborderas de toi-même : tu es un homme fin, cultivé – en France l’homme fin et cultivé, le « Grand Homme » selon toi doit rester inaccessible – c’est un fantasme collectif auquel tu n’échappes pas – car rappelons-le : tu es doué pour la surface, tu parles en connaissance de conséquence, tu es surface ticket de loto bon à gratter auquel on perd à chaque fois car sous ta surface : des équations à cinq pattes et des chiffres libidineux. Accessoirement ton désir de culture ne fut qu’un désir de toi-même et toi seul, accessoirement tu ne fus toujours qu’accessoire et ta culture : un accessoire ravissant, greffé sur ta carrière de mannequin raté – t’es en panne, tu raques et t’as le cœur chauve ; tes dents pelées écornées de misère intellectuelle rayent ton parquet IKEA que tu aurais voulu sépiat. Tu poursuis une illusion de toi-même, que l’on recrache en farandoles de glaires scabreux. Tu es le symptôme de cette maladie qui tous nous écorche dès l’enfance : les Autres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Individu 011298.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;FIN DU SITE.&lt;/strong&gt;
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